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Selon qu’on est perçu comme «arabe» ou «noir», les obstacles varient 19 septembre 2016 | Par Carine Fouteau

Selon qu’on est perçu comme «arabe» ou «noir», les obstacles varient  19 septembre 2016 | Par Carine Fouteau


Une étude du Défenseur des droits montre que les salariés perçus comme « arabes » doivent plus souvent se justifier de leur religion réelle ou supposée, tandis que les personnes identifiées comme « noires » sont, au travail toujours, plus souvent réduites à la couleur de leur peau.
Après le sondage « sur les musulmans » du JDD qui a fait grand bruit tout au long du week-end, le Défenseur des droits Jacques Toubon publie, lundi 19 septembre, une étude sur les discriminations liées à l'origine dans l’accès à l’emploi (la lire ici). Il est possible qu'elle attire moins l'attention, alors qu'elle est des plus intéressantes.
S'inscrivant dans une lignée de travaux explorant ce thème depuis une quinzaine d’années, elle souligne la variété des difficultés auxquelles sont confrontées les personnes dont l’apparence signale une origine étrangère. Les discriminations, insiste-t-elle, ne sont pas un phénomène isolé : prenant la forme de remarques stéréotypées plus ou moins insidieuses ou de comportements directement excluants, elles se produisent « souvent » ou « très souvent » pour la majorité des personnes concernées jusqu’à porter préjudice au déroulement de leur carrière.
La méthodologie de cette étude est inhabituelle : elle a été réalisée à l’issue d’un appel à témoignages lancé au printemps 2016 ; les résultats ont été obtenus à partir de l’analyse d’un échantillon de 758 individus âgés de 18 à 65 ans ayant répondu à la totalité des questions d’un questionnaire auto-administré en ligne et déclarant avoir été discriminés en raison de leur origine lors d’une recherche d’emploi ou de stage au cours des cinq dernières années. Les personnes ainsi interrogées décèlent trois motifs principaux dans le traitement inégal dont elles font les frais : la consonance de leur nom, la couleur de leur peau et la religion qui leur est attribuée.
Les motifs se cumulent, mais l’intérêt de cette étude est de souligner que les personnes qui disent être vues comme arabes affirment plus fréquemment subir des préjugés attachés à leur supposée religion musulmane, tandis que celles vues comme noires se déclarent plus souvent discriminées du fait de leur couleur de peau. Pour les personnes vues comme noires, la couleur de la peau est évoquée dans 82 % des cas par les femmes et dans 69 % par les hommes, contre 28 % des personnes déclarées d’origine arabe. À l’inverse, celles-ci se voient plus souvent assimilées à leurs convictions religieuses supposées (42 % contre 8 % pour les personnes identifiées comme noires). « Dans le contexte actuel, où les préjugés attachés à la religion musulmane sont particulièrement marqués, cette essentialisation est susceptible de renforcer les raccourcis, les amalgames et les discriminations », regrette le Défenseur des droits.
Cette étude conforte une génération de recherche scientifique : dès 2002, le Conseil économique et social (Cese) observait les difficultés particulières d’insertion des jeunes d’origine étrangère ; à partir de 2008, l’enquête TeO « Trajectoires et origines », réalisée par l’Ined et l’Insee, a chiffré les inégalités liées à l’origine vécues par les descendants d’immigrés dans de multiples domaines de la vie économique, sociale et politique ; en 2014, un « testing » de l’Insee a mis en évidence une discrimination de l’ordre de 40 % à l’encontre des candidats issus de l’immigration ; en 2015, Marie-Anne Valfort, membre associée à PSE-École d’économie de Paris et maître de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, a établi que les discriminations religieuses à l’embauche étaient une réalité ; en 2016, France stratégie, dans un rapport intitulé « Marché du travail : un long chemin vers l’égalité », a confirmé la persistance d’écarts, toutes choses égales par ailleurs, dans l’accès à l’emploi et dans le niveau de salaire.
S’appuyant sur une méthode déclarative, l’analyse du Défenseur des droits valorise la retranscription du « ressenti » des personnes. Les témoignages cités dans le rapport traduisent avec force le désarroi des victimes, notamment des musulmans, qui signalent plus souvent que les autres des discriminations. Ainsi, cet homme de 34 ans qui raconte avoir dû insister pour qu’un recruteur prenne son CV lors d’un salon professionnel ; lors de l’entretien qui n’a pu avoir lieu que « dans le placard à balais du stand », il a été comparé, affirme-t-il, à un terroriste. « On a mis en doute la réalité de mon expérience professionnelle du fait de mes origines », a-t-il insisté, concluant qu’on lui avait proposé un poste au Maghreb mais uniquement sous contrat local. « J’ai demandé si un Français de souche aurait eu un contrat local et n’ai pas eu de réponse », indique-t-il. Un homme de 41 ans en recherche d’emploi explique, lui, avoir proposé sa candidature à un poste de technicien de niveau bac + 2 alors que son niveau est de bac + 5. Mais le responsable de l’entreprise, lorsqu’il l’a contacté, ne lui aurait parlé « que de terrorisme et des attentats de Paris » ; il aurait clos l’échange en prétextant que le poste nécessitait de parler allemand, ce qui n’était pas précisé dans l’annonce.
Les motifs de discrimination se cumulent, comme le montre cette femme de 25 ans, en recherche d’emploi qui déclare qu’elle était la première de sa classe lorsqu’elle a été diplômée ; et que malgré les nombreuses recommandations obtenues lors de ses stages, elle a « beaucoup de mal à trouver un emploi quand d’autres de ma promotion, moins sérieux, qui ont eu des problèmes avec leurs entreprises, souvent absents aux cours et qui s’en sont sortis avec tout juste la moyenne, ont trouvé un emploi ». Elle paie, selon elle, son nom et son prénom « qui sonnent très étrangers » et la couleur de sa peau qui ne l’« aide » pas non plus.
Multiples, les motifs se reproduisent tout au long de la carrière, des premiers contacts aux négociations sur les salaires, les formations ou les mutations. Les effets sur les parcours professionnels finissent par être « dévastateurs », affirme le Défenseur des droits. Beaucoup font état d’un certain fatalisme, estimant que cela « ne sert à rien » d’essayer de faire valoir leurs droits ; d’autres hésitent à se plaindre de peur que cela ne leur fasse du tort ; gagnés par la perte de confiance en soi ou la démotivation, ils renoncent fréquemment à leurs ambitions et se rabattent sur ce qui leur est proposé ; les femmes, en particulier, ont tendance à accepter d’emblée les emplois précaires sans attendre de trouver mieux. Face à ces obstacles, quelques-uns, de plus en plus nombreux, pensent à s’expatrier, comme l’indiquait déjà une étude de la Chambre de commerce et d’industrie Paris-Île de France de mars 2014 sur ce thème.
« Entre non-recours au droit et projet d’expatriation, les réactions des personnes confrontées aux discriminations lors de leurs tentatives d’accès à l’emploi signalent une perte de confiance à l’égard des institutions de la République et en la capacité des politiques publiques à lutter contre cette situation », s’inquiète le Défenseur des droits. Jacques Toubon rappelle à l'occasion que la mission de l'autorité indépendante qu'il dirige est d'aider les personnes à faire valoir leurs droits et que, pour ce faire, il dispose de « larges pouvoirs d’enquête pour instruire les réclamations ». La loi, souligne-t-il, a évolué : il appartient désormais à l’employeur de démontrer que la discrimination (sur laquelle la personne doit apporter des éléments factuels) n’est pas fondée. Même s’il salue l’entrée en vigueur prochaine d’une voie de recours collectif en la matière, il appelle le gouvernement à aller plus loin en prenant « d’urgence » d’autres mesures fortes pour combattre les discriminations.

Selon qu’on est perçu comme «arabe» ou «noir», les obstacles varient
19 septembre 2016 | Par Carine Fouteau
Une étude du Défenseur des droits montre que les salariés perçus comme « arabes » doivent plus souvent se justifier de leur religion réelle ou supposée, tandis que les personnes identifiées comme « noires » sont, au travail toujours, plus souvent réduites à la couleur de leur peau.
Après le sondage « sur les musulmans » du JDD qui a fait grand bruit tout au long du week-end, le Défenseur des droits Jacques Toubon publie, lundi 19 septembre, une étude sur les discriminations liées à l'origine dans l’accès à l’emploi (la lire ici). Il est possible qu'elle attire moins l'attention, alors qu'elle est des plus intéressantes.
S'inscrivant dans une lignée de travaux explorant ce thème depuis une quinzaine d’années, elle souligne la variété des difficultés auxquelles sont confrontées les personnes dont l’apparence signale une origine étrangère. Les discriminations, insiste-t-elle, ne sont pas un phénomène isolé : prenant la forme de remarques stéréotypées plus ou moins insidieuses ou de comportements directement excluants, elles se produisent « souvent » ou « très souvent » pour la majorité des personnes concernées jusqu’à porter préjudice au déroulement de leur carrière.
La méthodologie de cette étude est inhabituelle : elle a été réalisée à l’issue d’un appel à témoignages lancé au printemps 2016 ; les résultats ont été obtenus à partir de l’analyse d’un échantillon de 758 individus âgés de 18 à 65 ans ayant répondu à la totalité des questions d’un questionnaire auto-administré en ligne et déclarant avoir été discriminés en raison de leur origine lors d’une recherche d’emploi ou de stage au cours des cinq dernières années. Les personnes ainsi interrogées décèlent trois motifs principaux dans le traitement inégal dont elles font les frais : la consonance de leur nom, la couleur de leur peau et la religion qui leur est attribuée.
Les motifs se cumulent, mais l’intérêt de cette étude est de souligner que les personnes qui disent être vues comme arabes affirment plus fréquemment subir des préjugés attachés à leur supposée religion musulmane, tandis que celles vues comme noires se déclarent plus souvent discriminées du fait de leur couleur de peau. Pour les personnes vues comme noires, la couleur de la peau est évoquée dans 82 % des cas par les femmes et dans 69 % par les hommes, contre 28 % des personnes déclarées d’origine arabe. À l’inverse, celles-ci se voient plus souvent assimilées à leurs convictions religieuses supposées (42 % contre 8 % pour les personnes identifiées comme noires). « Dans le contexte actuel, où les préjugés attachés à la religion musulmane sont particulièrement marqués, cette essentialisation est susceptible de renforcer les raccourcis, les amalgames et les discriminations », regrette le Défenseur des droits.
Cette étude conforte une génération de recherche scientifique : dès 2002, le Conseil économique et social (Cese) observait les difficultés particulières d’insertion des jeunes d’origine étrangère ; à partir de 2008, l’enquête TeO « Trajectoires et origines », réalisée par l’Ined et l’Insee, a chiffré les inégalités liées à l’origine vécues par les descendants d’immigrés dans de multiples domaines de la vie économique, sociale et politique ; en 2014, un « testing » de l’Insee a mis en évidence une discrimination de l’ordre de 40 % à l’encontre des candidats issus de l’immigration ; en 2015, Marie-Anne Valfort, membre associée à PSE-École d’économie de Paris et maître de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, a établi que les discriminations religieuses à l’embauche étaient une réalité ; en 2016, France stratégie, dans un rapport intitulé « Marché du travail : un long chemin vers l’égalité », a confirmé la persistance d’écarts, toutes choses égales par ailleurs, dans l’accès à l’emploi et dans le niveau de salaire.
S’appuyant sur une méthode déclarative, l’analyse du Défenseur des droits valorise la retranscription du « ressenti » des personnes. Les témoignages cités dans le rapport traduisent avec force le désarroi des victimes, notamment des musulmans, qui signalent plus souvent que les autres des discriminations. Ainsi, cet homme de 34 ans qui raconte avoir dû insister pour qu’un recruteur prenne son CV lors d’un salon professionnel ; lors de l’entretien qui n’a pu avoir lieu que « dans le placard à balais du stand », il a été comparé, affirme-t-il, à un terroriste. « On a mis en doute la réalité de mon expérience professionnelle du fait de mes origines », a-t-il insisté, concluant qu’on lui avait proposé un poste au Maghreb mais uniquement sous contrat local. « J’ai demandé si un Français de souche aurait eu un contrat local et n’ai pas eu de réponse », indique-t-il. Un homme de 41 ans en recherche d’emploi explique, lui, avoir proposé sa candidature à un poste de technicien de niveau bac + 2 alors que son niveau est de bac + 5. Mais le responsable de l’entreprise, lorsqu’il l’a contacté, ne lui aurait parlé « que de terrorisme et des attentats de Paris » ; il aurait clos l’échange en prétextant que le poste nécessitait de parler allemand, ce qui n’était pas précisé dans l’annonce.
Les motifs de discrimination se cumulent, comme le montre cette femme de 25 ans, en recherche d’emploi qui déclare qu’elle était la première de sa classe lorsqu’elle a été diplômée ; et que malgré les nombreuses recommandations obtenues lors de ses stages, elle a « beaucoup de mal à trouver un emploi quand d’autres de ma promotion, moins sérieux, qui ont eu des problèmes avec leurs entreprises, souvent absents aux cours et qui s’en sont sortis avec tout juste la moyenne, ont trouvé un emploi ». Elle paie, selon elle, son nom et son prénom « qui sonnent très étrangers » et la couleur de sa peau qui ne l’« aide » pas non plus.
Multiples, les motifs se reproduisent tout au long de la carrière, des premiers contacts aux négociations sur les salaires, les formations ou les mutations. Les effets sur les parcours professionnels finissent par être « dévastateurs », affirme le Défenseur des droits. Beaucoup font état d’un certain fatalisme, estimant que cela « ne sert à rien » d’essayer de faire valoir leurs droits ; d’autres hésitent à se plaindre de peur que cela ne leur fasse du tort ; gagnés par la perte de confiance en soi ou la démotivation, ils renoncent fréquemment à leurs ambitions et se rabattent sur ce qui leur est proposé ; les femmes, en particulier, ont tendance à accepter d’emblée les emplois précaires sans attendre de trouver mieux. Face à ces obstacles, quelques-uns, de plus en plus nombreux, pensent à s’expatrier, comme l’indiquait déjà une étude de la Chambre de commerce et d’industrie Paris-Île de France de mars 2014 sur ce thème.
« Entre non-recours au droit et projet d’expatriation, les réactions des personnes confrontées aux discriminations lors de leurs tentatives d’accès à l’emploi signalent une perte de confiance à l’égard des institutions de la République et en la capacité des politiques publiques à lutter contre cette situation », s’inquiète le Défenseur des droits. Jacques Toubon rappelle à l'occasion que la mission de l'autorité indépendante qu'il dirige est d'aider les personnes à faire valoir leurs droits et que, pour ce faire, il dispose de « larges pouvoirs d’enquête pour instruire les réclamations ». La loi, souligne-t-il, a évolué : il appartient désormais à l’employeur de démontrer que la discrimination (sur laquelle la personne doit apporter des éléments factuels) n’est pas fondée. Même s’il salue l’entrée en vigueur prochaine d’une voie de recours collectif en la matière, il appelle le gouvernement à aller plus loin en prenant « d’urgence » d’autres mesures fortes pour combattre les discriminations.

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